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Trop chers, ou pas assez ? [FR/EN]

09 Aug, 2019 • by Fashionomics Africa
Trop chers, ou pas assez ? [FR/EN]
Fashionomics Africa

Parmi les besoins fondamentaux de l’être humain, il y a la sécurité, notamment celle du corps. A ce niveau, il ne s’agit pas seulement d’avoir un toit pour dormir, un bon emploi ou encore une santé de fer. Il faut aussi pouvoir se vêtir, que ce soit convenablement ou non.

Dès notre naissance, nous portons des vêtements. En grandissant, on s’en sépare de moins en moins. Pour aider à mieux comprendre l’ampleur de la chose, prenons le cas de certaines personnes qui peuvent restées habillées pratiquement 24h/24. C’est-à-dire aussi bien en journée que pendant la nuit. Les seuls moments où ils se déshabillent, c’est pour prendre des bains, ou changer de vêtements. Par ailleurs, un adulte nu dans la rue serait immédiatement traité de fou. C’est dire toute l’importance des vêtements dans notre vie.

Mais malgré le fait que nous nous habillons tous les jours, rares sont les personnes qui prévoient un budget pour ce besoin. Généralement, on ne met pas d’argent de côté chaque mois pour renouveler sa garde-robe. En ville, lors d’une course, on tombe sur une tenue qui nous plait, et hop on l’achète si on a suffisamment d’argent sur soi. C’est comme ça que ça marche ! This is how it works !

Bien évidemment, cette manière de fonctionner n’est pas due au hasard. S’habiller coûte cher ! Et encore plus lorsqu’on veut s’habiller convenablement. C’est pour cela que dans les capitales africaines (Lagos, Abidjan, Cotonou, Addis Abeba, Nairobi, etc.), les personnes les mieux vêtues sont considérées comme issues d’une certaine classe sociale. Cette situation a d’ailleurs conduit à la mode des habits dits « venus de France » ou 2e main. Achetés au « black », ce sont des vêtements qui coûtent parfois 10 fois moins chers que les vêtements neufs. Ils ont alors plus de succès auprès de la classe populaire.

Dire que cette cherté du prix des vêtements neufs est la faute au designer serait pure calomnie. Il faut remonter plus haut, jusqu’au processus de transformation du coton, voire au-delà, pour mieux comprendre l’ampleur du problème.

Pourquoi des vêtements si chers ?

L’Afrique n’est pas le seul continent confronté à cette problématique de la cherté du prix des vêtements neufs. En Europe ou aux Etats-Unis, certains tee-shirts neufs coûtent jusqu’à 200 €. Converti en francs d’Afrique de l’Ouest, cela reviendrait à environ 130 814,55 FCFA.

Malgré la forte croissance que connaissent certains pays africains, le revenu moyen mensuel par habitant n’est pas extraordinaire. Pour pouvoir donc s’offrir un simple tee-shirt à 130 814,55 FCFA, cela reviendrait à travailler pendant un mois entier, voire deux ou trois mois. Pour un citoyen qui ne gagne que le SMIG, c’est inconcevable. Et là, on ne parle même pas encore des « prêt-à-porter ».

Lorsqu’on fait le tour des stylistes dans les capitales africaines, rares sont ceux qui proposent des tenus en dessous de 10 000 FCFA. Une grande partie de la population est donc exclue de leur clientèle. Ce genre de vêtements ne leur est tout simplement pas destiné, sauf pour ceux qui veulent frimer lors d’une occasion spéciale. Mais les stylistes ne sont pas pour grand-chose concernant la cherté du prix des vêtements « prêt-à-porter » ou neufs. Pour avoir des matières de qualité, c’est un véritable parcours du combattant. Par exemple, il faut parfois passer des heures à la recherche d’un textile ayant pourtant été utilisé il y a un mois pour réaliser un vêtement. Comme le déplore Isabelle Andoh-Vieira de la maison YSAND, il est vraiment dommage que l’Afrique ait du coton et qu’il y ait des problèmes de textile.

Tout part peut-être de là…  Pouvoir transformer son coton en produits finis de bonne qualité est un véritable défi que l’Afrique doit relever. Cela pourrait aider le continent à atteindre son plein potentiel dans le secteur de la mode.

L’Afrique doit transformer son coton pour développer son marché de la mode

« L’Afrique peut habiller l’Afrique. Mais pour se faire, elle a besoin de son coton ». C’est comme ça que s’exprime le styliste-modéliste Pathé’O lorsqu’il donne son avis sur le sujet du coton. Il y a quelques années seulement, le secteur du coton-textile tournait à deux vitesses en Afrique de l’Ouest.

A ce jour, tout n’est pas parfait, mais néanmoins, des efforts sont faits du côté des décideurs qui se rendent de plus en plus compte du potentiel du secteur.

L’industrie du textile et de la mode offre de très belles perspectives d’avenir. Mais pour que ces perspectives deviennent une réalité, certaines conditions doivent absolument être remplies. En Afrique, l'industrie de la mode pourrait générer 15,5 millions de dollars EU dans les cinq ans, d’après la BAD – et ces chiffres restent encore bien loin du 1,3 milliard de dollars EU que cette industrie pèse à l’échelle mondiale. Il urge que l’Afrique soit suffisamment compétitive pour se positionner au-devant de la scène afin de ne pas manquer cette opportunité.

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Too expensive, or not enough?

Among the basic needs of the human being, there is the safety of the body. It's not just about having a roof to sleep, a good job, or being in good health. You must also be able to dress, whether properly or not.

From the moment we are born and until we die, we wear clothes. To help better understand the magnitude of the situation, let's take the case of people who can be dressed almost 24 hours a day. The only time they undress is for bathing, or changing clothes. In addition, a naked adult in the street would be immediately treated as crazy. This is to say the importance of clothing in our life.

But despite the fact that we dress every day, just a few people plan a budget for this need. Generally, we don’t put money aside every month to renew our wardrobe. When we go shopping in town and find a piece of clothing that we like, we just buy it if we have enough money on us. This is how it works!

Of course, this way of doing things is not due to chance. Dressing is expensive! And even more when you want to dress properly. This is why in African capitals (Lagos, Abidjan, Cotonou, Addis Ababa, Nairobi, etc.), the best-dressed people are considered as coming from a certain social class. This situation has also led to the fashion clothes called "venue de France" in some French-speaking countries, or second choice clothes. Those clothes sometimes cost ten times cheaper than new clothes. They then have more success with the popular class.

Saying that the high price of new clothes is the fault of the designer would be pure slander. We must go back further, to the process of cotton processing, or even beyond, to better understand the extent of the problem.

Why are clothes so expensive?

Africa is not the only continent facing this problem of the high price of new clothes. In Europe or United States, some new t-shirts cost up to € 200. Converted into West African francs, this would amount to about 130 814,55 FCFA.

Despite the strong growth experienced in some African countries, the average monthly income per inhabitant is not extraordinary. So to be able to afford a simple T-shirt for that price, you would have to work for a whole month, even two or three months. For a citizen who earns only the minimum wage, it is inconceivable. And we don’t even talk about "ready-to-wear".

Only a few African designers offer ready-to-wear under 10,000 FCFA. A large part of the population is therefore excluded from their clientele. This king of clothes isn’t made for them, except for those who want to show off on a special occasion. But stylists are not primarily responsible for the high cost of "ready-to-wear" clothing. To have quality materials, it's a real obstacle course. For example, they have sometimes to spend hours looking for a textile they used a month ago to make a garment. For Isabelle Andoh-Vieira of YSAND, it is a shame that Africa has cotton and at the same time textile problems.

Cotton processing: this may be the real cause... Being able to transform our cotton into good quality finished products is a real challenge that Africa must take up. This could help the continent reach its full potential in the fashion sector.

Africa must transform its cotton to develop its fashion market

According to the stylist-model designer Pathé'O, "Africa can dress Africa. But to do that, she needs her cotton". Only a few years ago, the cotton-textile sector was turning at two speeds in West Africa.

To date, not everything is perfect, but nevertheless, efforts are being made on the part of decision makers who are increasingly aware of the potential of the sector.

The textile and fashion industry offers great opportunities for the future. But for these prospects to become a reality, certain conditions must absolutely be met. In Africa, the fashion industry could generate US$ 15,5 million in five years, according to the AfDB - and these figures are still far from the US $ 1.3 billion that this industry weighs globally. It is important for Africa to be enough competitive to position itself at the front of the stage in order not to miss this opportunity, which for sure will help to develop the continent and well-being of his inhabitants.

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