Rien ne se perd, tout se transforme 

Rien ne se perd, tout se transforme 

Ce titre résume parfaitement ce dont il sera question dans la suite de cet article. Et ça aurait très bien pu servir de conclusion également. On ne le dira jamais assez, l'industrie du textile et de la mode en Afrique se doit d'être plus compétitive. Mais pour y arriver, elle a besoin de tous ses acteurs. Chacun doit y apporter sa pierre, à sa manière. L'Etat, c'est vous, c'est moi. Et quand nous attendons quelque chose de l'Etat, nous attendons quelque chose de nous-même. Certes, obtenir un financement pourrait aider à se développer, mais ce n'est pas le plus important. Il faut d'abord avoir un projet viable et qui profite à la société, le pousser avec les moyens de bord jusqu'au point d'être à bout de souffle, et là, peut-être qu'un investisseur ou une banque vous remarquera. Tout ça pour dire qu'il faut oser. Heureusement, des projets comme le projet de Valorisation des tiges du cotonnier en panneaux de particules (VATICOPP) nous permettent de voir un ciel sans nuages sombres à l'horizon. Alors de quoi est-il question exactement ?

Transformation des tiges du cotonnier : quels avantages ?

Dans la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest qui produisent du coton, les tiges de cotonnier sont considérées comme des déchets bons à jeter. Pendant plus d'un demi-siècle, ce sont donc des millions de tiges de cotonnier qui ont été brûlés après les récoltes. Il n'y avait qu'une petite partie qui était conservée comme bois de chauffage pour les ménages ruraux, pour la fertilisation organique et pour nourrir le bétail. Toutefois, cette réalité pourrait bientôt changer. En effet, les premiers meubles, à savoir des portes, des guéridons, des tabourets, etc., tous fabriqués à partir de panneaux de particules à base de tiges de cotonnier ont été réalisés.

Ils proviennent de trois unités pilotes mises en place au Bénin, au Mali ainsi qu'au Togo, trois gros producteurs de coton en Afrique de l'Ouest. Cela signifie près de 1,6 millions de tonnes de tiges qui seront transformées après la récolte dans ces trois pays. Initié par l'Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), le projet VATICOPP a pour objectif d'offrir une source de revenus supplémentaires aux petits producteurs, entre autres. Les panneaux de particules constituent un substitut fiable du contreplaqué qui est très utilisé en menuiserie. Ils peuvent donc être utilisés comme faux plafonds, panneaux muraux, carreaux de sol ou encore articles de meuble.

En plus de l'avantage que ces panneaux offrent sur le plan économique, ils ont également pour avantage de s'intégrer parfaitement dans les maisons résidentielles et commerciales, les hôtels, les bâtiments scolaires, etc. Par ailleurs, les experts affirment que c'est bénéfique pour l'environnement étant donné que cela limite l'énorme pression exercée sur les forêts pour fabriquer des meubles.

De la matière première disponible à volonté

Le développement du projet de Valorisation des tiges du cotonnier en panneaux de particules (VATICOPP) devrait pouvoir se faire sans grandes difficultés puisque la matière première est disponible. D’après une étude réalisée par la revue scientifique Tropicultura, le potentiel de production annuelle de tige de cotonnier au Mali, au Bénin ainsi qu’au Togo avoisinerait 2 millions de tonnes. En dehors des unités pilotes, il est prévu d’installer d’autres unités de transformation et de communiquer les avantages de ces unités aux populations locales. Entre autres avantages, cette initiative permettra d’augmenter les revenus des cotonculteurs, de créer des emplois, de limiter les importations de contreplaqué, et d’épargner des devises qui pourront être réinvestis dans l’industrie du textile pour une croissance économique durable. C’est possible d’y arriver, mais pour ça, les populations locales doivent jouer un rôle décisif. Pour réussir le projet, ce sont des centaines, voire des milliers de machines qui seront utilisées. Ces machines ont un coût, et il faudra en prendre soin plutôt que de les abandonner à la rouille. Un bon usage des équipements est donc indispensable pour la bonne marche du projet VATICOPP.

A l’heure où nous parlons, aucun pays d’Afrique de l’Ouest ne peut à lui tout seul se comparer aux Etats-Unis, à la Chine ou à l’Inde en termes d’exportation ou même de production de coton. Mais ensemble, l’Afrique de l’Ouest occupe aujourd’hui la 3è place sur le plan mondial. Dans la filière coton, il y a donc des possibilités énormes pour créer des revenus et réduire la pauvreté dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Nigéria, le Bénin, ou encore le Mali. Avec la bonne technologie et l’implication des populations locales, nous pouvons transformer les tiges de cotonnier en panneaux de particules rentables aussi bien sur le plan économique qu’environnemental.

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Rien ne se perd, tout se transforme 

oct. 08, 2019
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