Masterclass Fashionomics Africa : les designers ivoiriens disent Yes 

Masterclass Fashionomics Africa : les designers ivoiriens disent Yes 

Après le Nigéria, le Kenya et l’Afrique du Sud, c’était au tour de la Côte d’Ivoire d’accueillir la masterclass Fashionomics Africa. A cet effet, l’équipe de la Banque Africaine de Développement en charge du projet a mis les bouchées doubles pour permettre aux différents participants, partenaires et invités présents de passer deux jours formidables. L’évènement qui a eu lieu les 16 et 17 octobre 2019 dans les locaux de l’incubateur i-Hub à Abidjan a connu la présence de représentants de la BAD, du représentant d’Afreximbank, de représentants de l’ambassade de Grande-Bretagne en Côte d’Ivoire, de la représentante de Google Digital Skills Afrique, de la représentante du Ministère de la culture et de la francophonie Côte d’Ivoire, des représentantes de l’École internationale de mode Michèle Yakice, des représentants de fédération, sans oublier environ 100 designers.

Fournir les outils et connaissances nécessaires pour créer une marque de mode

Parmi les 5 pays pilotes qui bénéficient du projet Fashionomics Africa mis en œuvre par la BAD à travers son Département du Genre, Femmes et Société civile, la Côte d’Ivoire possède des designers talentueux, mais qui malheureusement ne bénéficient pas toujours d’une formation adéquate. Pour la créatrice de « Dress Me by Nat’s », Natou Fofana, qui n’a pas fait d’école de mode, cette masterclass est une excellente opportunité. « Il y a beaucoup de choses auxquelles on ne pense pas quand on se lance dans ce domaine. Et on a eu beaucoup de réponses aujourd’hui. Deux jours ce n’est pas vraiment suffisant. J’aurais aimé que la masterclass dure deux semaines, ou même un mois ». Le designer ivoirien Stéphane Mambo, initiateur du Festival International de la Mode D’Abidjan (FIMDA) était également de cet avis. « Nous pouvons exprimer des besoins, des préoccupations, des problèmes en espérant trouver des oreilles attentives pour écouter et nous aider à trouver des solutions. Sans partage d’idées, il n’y a pas de solutions. Et même quand les millions viendront, ça ne servira à rien parce qu’il n’y a pas une bonne base. C’est vraiment une très belle initiative ». Cet événement était donc une occasion pour les designers présents d’acquérir des outils et d’approfondir leurs connaissances dans le secteur qu’ils ont choisi d’embrasser.

Entreprendre dans la mode nécessite d’avoir beaucoup de compétences. Il ne s’agit pas seulement de savoir faire des dessins ou d’avoir un talent inné pour créer des modèles. Comme les participants ont pu l’apprendre pendant la masterclass Fashionomics Africa, il faut être à la fois créateur, gestionnaire, comptable, voire photographe et même agent commercial. Vanessa Mbamarahs, la représentante de Google Digital Skills pour l’Afrique a d’ailleurs attiré l’attention de tout un chacun sur le fait qu’il est aujourd’hui possible de se former à tout moment grâce via internet. Pour celle qui est aussi à la tête de l’agence digitale Ztallion, les designers ne doivent pas attendre que tout vienne à eux. Elie Kuame, l’un des designers présents partage aussi le même avis que Vanessa, notamment en ce qui concerne les jeunes en fin de formation.  Pour lui, ces jeunes souhaitent commencer à travailler avec de gros salaires dès qu’ils sortent d’une école de formation. « Moi j’ai gagné moins de 1500 € en 4 ans de travail. Mais ce que j’ai appris vaut des millions ». Elie Kuame affirme que c’est une situation qui ne facilite pas les choses pour trouver de la main d’œuvre. « Les gens veulent devenir des stars immédiatement. Ils oublient que c’est un processus ».

« On doit créer une industrie et la faire vivre par des milliers de gens »

Au cours de l’évènement, plusieurs sujets ont été abordés, notamment la présentation de la plateforme Fashionomics Africa, le développement des affaires, l’image de marque, le marketing, le réseautage, etc. Par ailleurs, l’événement a connu la présence du célèbre Pathé’O et de Loza Maléombho qui ont partagé leurs expériences avec les fashionpreneurs présents. Ces deux générations d’entrepreneur ont pris du plaisir à échanger avec les participants sur leur vision de l’industrie de la mode en Afrique et les difficultés rencontrées au cours de leur parcours. Lorsqu’une participante demande à Loza Maléombho son secret de réussite, cette dernière répond qu’il faut toujours s’adapter et éviter de s’attarder sur les obstacles. « Parce qu’il est important d’avancer ». Un autre sujet abordé par Loza concernait les réseaux sociaux. Selon la jeune designer, ces réseaux ne doivent absolument pas être négligés par les designers qui peuvent même les privilégier aux fashion show. Elle s’est ensuite donnée en exemple, expliquant que c’est grâce à ses publications sur les réseaux sociaux qu’elle a été mise en contact avec le staff de Beyonce ou d’autres célébrités.

Le doyen Pathé’O quant à lui n’a pas oublier, entre autres, de donner son avis sur la question des méventes dans le secteur de la mode en Afrique. Cette situation, il en a lui-même fait les frais à une certaine époque avant de connaître le succès international grâce au président Nelson Mandela. « Tant que l’africain même ne s’intéresse pas au développement de l’Afrique on ira nulle part. Aucun pays de ce monde n’a été développé sans la mode. Vous allez en Inde, quand vous voyez les indiens, vous savez qu’ils sont indiens. Vous allez en Corée, c’est la même chose, en Chine pareil. Mais nous avons justement refusé de consommer ce que nous faisons. Donc il est inutile de vouloir une chose et son contraire. Aujourd’hui c’est vrai que les gens commencent à porter des choses de chez nous occasionnellement. Quand il y a des funérailles, une réunion ou un événement politique, on porte des pagnes de chez nous.  Mais ce n’est pas ce qu’on demande. C’est une industrie qu’on doit créer et faire vivre par des milliers de gens ».

De ces deux jours de masterclass Fashionomics Africa, les designers retiendront sans doute énormément de choses. Il faudra toutefois qu’ils mettent ces connaissances en œuvre afin de mesurer leur impact sur leurs activités. L’un des points importants qui a été plusieurs fois souligné est que pour avoir davantage d’impact sur les politiques gouvernementales, les designers doivent apprendre à travailler ensemble. Et bien-sûr, ils doivent quitter l’informel, beaucoup travailler et arrêter de se plaindre, car des difficultés, il y en a dans tous les secteurs.

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