Quand la mode devient récupérable

Quand la mode devient récupérable

A la radio, à la télé et sur les réseaux sociaux, il est souvent question de la pollution des déchets plastiques. En raison des chiffres alarmants, la situation inquiète de nombreuses personnes. Mais en dehors des déchets plastiques, il existe d'autres sources de pollution plus ou moins connus. Le secteur du textile est le deuxième le plus polluant au monde. Chaque année, des milliards de tissus invendus sont brûlés ou mis à la poubelle. Pourtant, l'industrie n'arrête pas de recycler. Mais tôt ou tard, le vêtement atteint sa date de péremption. Personne ne veut alors plus de ce bon vieux tee-shirt, car trop déteint, ou déchiré.

Le vintage s'est pendant longtemps présenté comme une issue de secours. Un grand nombre de vêtements voit ainsi leur durée de vie rallonger en devenant des produits de seconde main. Au fil du temps, ils deviennent des produits dits de troisième main, avant de disparaître complètement du marché. Mais aujourd'hui, cette méthode seule ne suffit plus. Et c 'est la raison pour laquelle l'upcycling gagne du terrain.

Une décennie de fast-fashion

Un peu partout dans le monde, d'importants stocks de tissus sont invendus. Pourtant, selon les chiffres, 80 milliards de vêtements sont vendus dans le monde chaque année. L'expression Fast-fashion fait penser à fast-food. Manger vite, et bien. Dans le contexte de la mode, il s'agit d'un phénomène de renouvellement rapide des collections, ce qui engendre une importante production de vêtements. Les consommateurs africains renouvellent leur garde-robe deux fois plus qu'il y a environ 20 ans. Mais plus de 60% des fibres textiles sont désormais synthétiques. Les vêtements qui finissent dans les décharges ne se décomposent donc pas s'ils ne sont pas brûlés.

Pour mieux comprendre comment la fast fashion a vu le jour, il faudrait retourner dans le passé, peu avant les années 1800. A l'époque, la mode n'évoluait pas au même rythme que maintenant. Il fallait se procurer des matériaux comme le cuir ou la laine, les préparer, les tisser puis fabriquer des vêtements. La révolution industrielle a introduit de nouvelles technologies comme la machine à coudre qui ont changé la donne. En effet, la fabrication des vêtements est devenue plus simple, et moins contraignante en termes de coût. Des boutiques de couture ont alors vu le jour afin de répondre aux besoins des classes moyennes.

A la fin des années 1990 et 2000, la mode low-cost a atteint son apogée en Europe et aux Etats-Unis. Les achats en ligne ont commencé à gagner en popularité, préparant le terrain pour des détaillants de fast fashion tels que Zara, H&M ou encore Topshop qui ont rapidement su prendre le dessus. Ces marques ont repris des designs des meilleures maisons de couture, et les ont reproduits rapidement et à moindre coût.

L'upcycling à la rescousse

Pour lutter contre l'industrie pollueuse du « prêt à jeter » ou fast fashion, certains créateurs ont pensé à de nouveaux modèles économiques. C'est ainsi qu'ils ont trouvé une manière innovante de fabriquer des accessoires et des articles de décoration à partir des vêtements usés ou invendus. L'upcycling ou surcyclage en français peut être défini comme le détournement d'un vêtement de sa fonction première. L'idée est de le valoriser en produisant un résultat étonnant et désirable.

Au-delà du fait de vouloir acheter des produits qui ne les rendent pas coupables vis-à-vis du changement climatique, de plus en plus de consommateurs manifestent un désir pour une mode créative et alternative conçue en nombre limité. Toutefois, la pratique de l'upcycling n'est pas simple. Il faut trouver le bon tissu, s'assurer qu'il n'est pas dans un état trop piteux, puis le nettoyer. Viendra ensuite le processus de conception et de création du nouveau produit à partir de l'ancien. Toujours est-il que cette tendance qui gagne de plus en plus du terrain pourrait être une solution à la pollution du textile. Cependant, même si elle est en vogue actuellement, l'upcycling risque un jour de ne plus être suffisant pour gérer les vêtements usés et invendus de l'industrie de la mode. Mais en attendant, c'est une option qui commence à faire ses preuves sur le continent africain.

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