Interview avec la styliste modéliste Ramadan Djamdoudou (Djamdoura)

Interview avec la styliste modéliste Ramadan Djamdoudou (Djamdoura)

Le secteur de l’habillement et du textile peut engendrer des millions de dollars de revenus. C'est également le second secteur après l’agriculture à offrir le plus d’emplois. En permettant à des millions de personnes d’avoir un gagne-pain quotidien, cette industrie a de l’impact sur le bien-être des populations africaines.

La styliste modéliste Djamdoura a entre autres choisi d'embrasser le volet social du secteur. Dans une interview accordée à Fashionomics Africa, elle parle de son parcours professionnel et des actions qu’elle mène dans le secteur du textile et de l’habillement.

Née au Cameroun, c’est en Côte d’Ivoire que Djamdoura, « la paix infinie » dans sa langue maternelle, commence son parcours d’études. Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années, dit-on. 

« Arrivée en Côte d’Ivoire très jeune, j’ai suivi un parcours d’étude classique. Puis, étant passionnée par le textile, la couture, les photos, les perles, j’ai intégré l’école de stylisme, de modélisme et de mannequinat American Lady Beauty Institute. Par la suite, le Centre de formation Professionnelle de Gazi Mesleki à Ankara, en Turquie ».

Sa passion ou rien…

Djamdoura intègre l’industrie de la mode très tôt. Au fil des années, elle commence à se faire un nom tout en gagnant de l'expérience.

« Très jeune, je me suis très vite illustrée dans les médias, à travers le magazine Femme d’Afrique comme mannequin, tout en faisant mes armes chez de nombreux stylistes, notamment Pathé’O, avec qui j’ai travaillé de nombreuses années avant de me mettre à mon propre compte. Au cours de mon expérience de travail chez Pathé’O, je m’occupais de la gestion d’équipes de production, mais également de l’organisation de défilés de mode et de la gestion de magasins de vente Pathé’O. Sans oublier que j’ai beaucoup gagné en expérience en termes de finition et de couture de chemises pour hommes ».

Aujourd’hui, la styliste modéliste continue de fréquenter les défilés de mode, mais plus en tant qu’assistante. Avec sa marque, Djamdoura Collection, elle est une créatrice de mode et chef d’entreprise accomplie. Selon la créatrice, certaines compétences sont indispensables pour être un bon dirigeant.

« Le savoir-faire dans la couture, le respect des délais de livraison aux clients et la gestion des affaires sont des attributs indispensables ».

Pour créer de belles choses, Djamdoura sait aussi ce qu'il lui faut. Elle ne manque donc pas de sources d’inspiration.

« Je puise mes inspirations à travers mes nombreux voyages, mes rencontres. D’origine peul, je conjugue avec passion la tradition africaine et la modernité, ce qui m’a entrainé à me former également dans la broderie sur machine pour réaliser des ouvrages d’art ».

Toutefois, sa plus grande fierté à ce jour n'est pas sa marque, mais d’avoir contribué à la mise en place d'un centre de formation de couture en faveur des jeunes filles de l’extrême-nord du Cameroun. Ce projet devenu réalité avec l’aide de la Coopération allemande a été réalisé en vue de la réinsertion dans le tissu social de ces filles abusées physiquement et sexuellement. Dans ce centre, les filles en situation sociale précaire au nord du Cameroun peuvent bénéficier de plusieurs formations spécialisées, notamment en teinture, en artisanat, et bien-sûr en couture. Après leurs formations, elles peuvent proposer leurs services à la population locale pour gagner leur vie et investir plus tard dans l’éducation de leurs enfants.

Grâce au centre Saare Tabitha de Maroua, elles peuvent devenir indépendantes et occuper une place à part entière dans la société.

Dans certaines parties du monde, il existe encore des groupes de personnes méprisées pour des raisons le plus souvent indépendantes de leurs volontés. Des initiatives comme celle de Djamdoura dans le cadre de la réinsertion sociale contribueront sans doute à endiguer ce type de phénomène tôt ou tard.

« La mode africaine traverse les frontières aussi bien en Europe, en Amérique du Nord et en Asie »

En ce qui concerne l’état actuel de la mode, la styliste camerounaise possède un avis mitigé. La bonne nouvelle selon Djamdoura est que la mode africaine traverse de plus en plus les frontières. On la retrouve en Europe, en Amérique du Nord ainsi que du côté de l’Asie.

Ce mérite revient à tous ces designers de la nouvelle génération qui en veulent toujours plus. Certes, Internet y a joué un grand rôle, mais sans ambition, rien ne se fait. Il y a une vingtaine d’années, les seuls Fashion Shows étaient ceux organisés par chaque état pour élire la Miss nationale. Mais aujourd’hui, on compte au moins deux défilés de mode par mois dans certains pays africains. Les designers se doivent de continuer à créer encore et encore.

Avec un peu d’ambition et de moyens, de grandes choses peuvent être réalisées. Comme beaucoup d’autres, Djamdoura n’a pas encore dit son dernier mot. Déjà centrée sur l’avenir, sa prochaine mission est d’installer un espace de travail pour couture.

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