Rachel Mwanza – L'actrice congolaise apporte la mode africaine aux tapis rouges

Rachel Mwanza – L'actrice congolaise apporte la mode africaine aux tapis rouges

Comment avez-vous auditionné pour Kinshasa Kids ? Pouvez-vous décrire le processus - comment vous êtes-vous senti pendant l'audition elle-même et après avoir appris que vous aviez décroché le rôle?

Pour le film "Kinshasa Kids", l'équipe de production était à la recherche d'enfant vivant dans la rue ou dans des centres d'hébergement. J'étais dans cette situation à cette poque, donc j'ai été contactée pour participer au casting. Je dois avouer que je n'avais aucune idée de la finalité de tout ce processus, mais j'étais très curieuse et toujours ouverte à toutes opportunités me permettant de m'évader de mon quotidien de l'époque.

Comment je m’étais senti?? Wow, même jusqu’aujourd’hui ma vie m’étonne moi-même comme elle étonne tout le monde. Tout ce que je peux dire c'est que la grâce de l’Éternel était déjà sur moi.

Avec cette expérience, j’ai appris aussi que ce qui est à toi est à toi.

Il y avait des filles beaucoup mieux que moi si je peux dire, "les enfants de... habillées en...", mais le rôle était parfait sur moi.

Comment s'est passée l'expérience, de vivre dans la rue à apparaître dans un film? Quels ont été les aspects les plus passionnants de votre travail?

C'était un énorme changement, car du jour au lendemain on passe de la situation où tout le monde vous rejette à celle où vous êtes au centre de toutes les attentions. J'ai beaucoup aimé le fait de faire partie d'une équipe avec laquelle je partageais un projet aussi grand. Notamment durant le tournage de "Rebelle'' (War Witch), j'étais passionnée par le fait de me plonger dans la peau d'un personnage et faire des choses totalement inhabituelles comme tirer à la Kalachnikov.

La promo était amusante, et j'ai aimé le fait de pouvoir parler de choses très importantes comme l'accès à l'éducation pour les jeunes filles avec des personnalités de premier plan comme Valérie Trierweiller (ancienne première dame de France) ou le département Education et Empowerment des jeunes filles de l'UNESCO. Grace à ma notoriété acquise avec le cinéma et mon livre "Survivre pour voir ce jour", j'ai d'ailleurs pu prendre la parole lors du "Forum mondial des Femmes francophones" à Kinshasa.

Quelles ont été les étapes qui vous ont amené à jouer dans War Witch et quel effet cela a-t-il eu sur votre vie?

J'ai d'abord passé un casting avec l'équipe de production congolaise, et ensuite avec Kim Nguyen, le réalisateur du film. Il a tout de suite accroché et j'ai été prise en charge pour me préparer au tournage. Le tournage était déjà un grand changement pour moi car j'avais reçu un cachet et je ne vivais plus dans la rue ou dans des centres d'hébergement. Mais le véritable tournant dans ma jeune vie fut le moment où l'acteur à prononcé la phrase "The Silver Bear for best actress goes to Rachel Mwanza" lors de la 62 ème édition du Festival de Berlin.

J'étais loin d’imaginer que ce tout petit ours en argent allait m'emmener jusqu'aux Oscars, publier un livre à succès ("Survivre pour voir ce jour") traduit dans plusieurs langues (polonais, italien...), être recu au Palais de l'Élysée, à l'UNESCO, par le 1er Ministre de la RDC ou revenir à Kinshasa pour prendre la parole lors du Forum mondial des Femmes francophones.

Et aussi j’ai joué dans un très bon film belge: "Troisième noces" de David Lambert, en 2018.

Certes, je poursuis ma carrière d'actrice et vie désormais à Montréal (Canada), mais l'effet sur ma vie dont je suis le plus fière est celui d'être retournée à l'école. C'est d'ailleurs en partie cet espoir qui m'a permis de survivre à la rue.

Depuis combien de temps vivez-vous au Canada et comment cela vous a-t-il changé en tant que personne?

Je vie au Canada depuis 6 ans maintenant. 

En vivant au Canada j'ai évolué en maturité et en autonomie. 

Le fait de vivre au Canada m'a permis d'avoir du recul sur la manière dont il arrive parfois qu'en Afrique nous idéalisions la vie des occidentaux que l'on imagine souvent "merveilleuse". Tout n'est pas rose et malgré des conditions de vie favorables, beaucoup de gens sont dans des situations de détresse qui parfois peuvent me paraître un peu "dérisoires". Il ne s'agit pas d'un jugement, mais d'un constat fait en chantage avec des jeunes qui me demandent souvent comment je fais pour continuer de l'avant.

Quelle est votre relation actuelle avec le Congo et sa culture? Vous sentez-vous toujours comme à la maison?

J'ai encore des amis, de la famille et une attache profonde avec le Congo. Bien que mon quotidien soit très différent, j’essaie au maximum de garder vivante cette attache, notamment en communiquant avec ma famille ou en mangeant congolais. Mais au final, ma vie se trouve la où je me sens heureuse et aimée.

Comment vos expériences dans l'industrie cinématographique ont eu une influence sur votre intérêt pour la mode?

J'ai toujours aimé la mode... je suis congolaise après tout !

Plus sérieusement, lorsque j'ai obtenu l'Ours d'Argent a Berlin, j'ai découvert que j'étais la toute première actrice africaine à recevoir cette distinction. J'ai donc très rapidement compris que je représentait l'Afrique tout entière en quelque sorte. C'est donc tout naturellement que j'ai décidé de valoriser mon identité africaine à travers les tenues que je portais sur les plateaux de télévision ou les tapis rouges de Festival.

C'était très important pour moi, car cela me donnait énormément de confiance en moi. 

À l'époque de "War witch" je ne parlais pas du tout anglais, assez difficilement français et souvent les journalistes s’intéressaient surtout à mon vécu dans la rue. Donc le fait de me montrer au monde avec l'élégance et la grâce africaine, m'aidait à valoriser ma culture, ma personne et l'identité que je partage avec les africains et africaines que je représente dans les médias.

Comment a été l'expérience de porter la robe Nadir Tati à la cérémonie des Oscars? Comment pensez-vous que cette robe représente votre personnalité et vos expériences?

Lorsque son équipe est entrée en contact avec moi, j'ai été tout de suite ouverte à la collaboration, bien que je ne la connaissais pas.

Certes, mon parcours a connu des moments difficiles, mais à l'époque comme aujourd'hui, j'ai surtout envie de communiquer de l'espoir et de la joie de vivre. Je suis une jeune fille vivante, très joyeuse et avec beaucoup d'énergie. Tout en restant "classy", la robe que je portais aux Oscars me représentait bien mon énergie avec ses couleurs chaudes et sa coupe qui me permettait d'être libre dans mes mouvements.

Quels créateurs africains aimez-vous particulièrement? De quelle manière contribuez-vous à mettre en valeur leur travail d'ambassadrice de la mode africaine?

Je dois avouer que je n'ai pas spécialement de créateurs africains favoris. D’ailleurs, jusqu'à présent j'ai surtout collaboré avec des jeunes créatrices africaines vivant dans la diaspora en France et au Canada, comme INYÜ ou Zimpala, par exemple. Je dois d'ailleurs dire un grand bravo à FASHIONOMICS AFRICA pour cette plateforme qui permet de découvrir tout ces talents.

Ma contribution, pour aider ces ambassadrices de la mode africaine, est de porter le plus fièrement possible des tenues africaines lors de mes apparitions publiques. Qu'il s'agisse d’accessoires, de robes ou juste d'une touche de pagne sur une tenue sportswear, je saisie autant que je peux, l'occasion d'être à mon tour une ambassadrice.

Je me rends le plus accessible possible pour permettre à de jeunes créatrices de rayonner.

Envisagez-vous de poursuivre une carrière dans le monde de la mode? Quels sont les aspects du monde de la mode qui vous intéressent le plus?

Mon ambition première est de poursuivre ma carrière d'actrice, mais je serais ravie d'être l'égérie de créateurs de mode africains et pourquoi pas un jour avoir ma propre collection. 

Ce qui me plaît dans le domaine de la mode, c'est son impact dans la vie de tous les jours, et pas forcément dans les défilés. C'est un moyen de partager les cultures africaines  avec le reste du monde et peut-être avoir des marques africaines devenir comme Zara ou Mango. Je me vois bien avoir une maque comme cela un jour, tout est possible n'est-ce pas ?

Quels aspects de la mode congolaise vous passionnent le plus?

La mode congolaise est très extravagante et diversifiée, et j'aime ça. 

Notre pays est gigantesque et très varié culturellement, mais malheureusement, les congolais sont plus réputés dans le monde pour leur manière de valoriser les créateurs internationaux (italiens, japonais, français) au lieu des créateurs congolais eux-mêmes ou africains en général. La mode congolaise ne se donne pas de limite, comme par exemple les jeunes de la marque Zalayo Sapatu, dont vous avez parlé sur votre plateforme.

Quels sont vos plans pour 2020 et où pouvons-nous suivre votre voyage?

Mes plans pour 2020 sont de survivre à ce coronavirus, continuer à travailler pour améliorer mon jeu d'actrice et de continuer à tourner des films ou jouer au théâtre.

J'ai été sollicitée pour une émission de télévision sur la mode sur le continent africain, que j'espère verra le jour car nos créateurs et créatrices de mode méritent cette visibilité.

Grace à ma notoriété, j'aimerais faire réaliser un film documentaire dans lequel je ferais le tour de l'Afrique afin d'aller à la rencontre des créatrices et créateurs de mode, afin de permettre au grand public de mieux les connaître... et surtout les acheter !!!

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